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Je Rêve on Mariage plus vieux mariage… Maé on De date à date – From da… Simba on De date à date – From da… Maé on Ma famille est formidable… Maé on Palier percé Archives
Fais pas ci, fais pas ça
« Ça suffit, maintenant. Si tu tétais correctement au lieu de faire l’andouille le biberon serait déjà terminé à l’heure qu’il est. »
Il y a des moments avec les enfants en (très) bas âge où l’on a du mal à déterminer s’ils font du cinéma ou s’ils ont vraiment mal quelque part. Et quand ça touche aux fondamentaux, à savoir la nourriture et le sommeil, forcément on a tendance à s’inquiéter. C’est d’ailleurs là que les enfants sont malins. Très vite ils repèrent qu’il y a certains sujets sur lesquels on transige plus. Ils ont beau être encore privés de la parole, ils savent faire ce qu’il faut pour esquiver les légumes verts et les médicaments qui ont mauvais goût.
« Vous devriez lui imposer un autre rythme. C’est comme ça, les enfants, ce n’est pas à eux de décider quand ils dorment et quand ils mangent. »
Il y a une chose qui est sans doute encore plus irritante que voir son enfant râler (apparemment) sans raison, c’est d’entendre les gens donner des conseils sur son éducation. Ça part (souvent) d’une bonne intention mais force est d’admettre que même avec la meilleure volonté du monde et même si après coup je dois parfois reconnaître que certaines personnes ont eu raison sur certains points, j’ai quand même du mal à accepter qu’on empiète sur mes plates-bandes. (Certes, la loi, c’est Judge Dred, mais l’éducation de Babinou, c’est Maé et moi.)
Soyons pragmatique, voici la liste des personnes dont je n’écouterai jamais les conseils :
- Toutes celles qui n’ont jamais eu d’enfants (exception faite des professionnels de la petite enfance, et encore pas tous),
- Celles qui en ont eu mais ne s’en sont occupés que lorsque les enfants ont su marcher/parler/lire/écrire/compter/tirer à la carabine (rayer les mentions inutiles),
- Celles qui en ont eu il y a plus de trente ans (autrement dit qui ont des enfants plus vieux que moi),
- Celles dont les enfants ont reçu une éducation de toute évidence déplorable,
- Celles qui prodiguent des conseils dont je réprouve la morale (ceci inclut bien évidemment la religion, la politique et la culture).
Et voici la liste des personnes dont je peux parfois prendre en compte les conseils :
- Ma mère,
- Ma belle-mère,
- Celles de ma génération qui ont des enfants à peine plus vieux que Babinou (et qui n’entrent pas dans les catégories sus-décrites),
- La pédiatre qui suit régulièrement Babinou,
- Les assistantes maternelles de la crèche de Babinou.
Petite précision utile, cependant, lorsque je parle de « celles » je parle des personnes. Comprenez donc bien que je ne réserve pas ma confiance (ou ma défiance, suivant les cas) aux personnes de sexe féminin.
Alors oui, je sais ce que certains d’entre vous me répondrons. Certes, il n’est pas indispensable d’avoir soi-même des enfants pour avoir une idée de l’éducation qu’on leur donnerait. Cela dit il est indispensable d’avoir des enfants pour savoir les difficultés qu’on rencontre à essayer de développer son projet pédagogique. Avis donc à tous ceux qui pensent avoir de bonnes idées pour l’éducation de mon enfant : gardez-les pour vous. Car il est irritant de recevoir des conseils de personnes qui n’y connaissent rien mais il est encore plus irritant de recevoir des conseils, même valables, donnés avec un air de savoir mieux que moi comment je dois prendre soin de ma fille.
Le tact, c’est comme l’éducation, ça s’apprend.
Publié dans 9 mois
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Mariage plus vieux mariage heureux
Ce mois de mars a été riche en rebondissements. Je pourrais, dans cette chronique de nos vies trépidantes, parler d’un tas de choses, mais parmi toutes ces choses j’en ai choisi une seule : ça y est, j’ai fait ma pas demande en mariage.
Alors oui, je sais, les lecteurs (et surtout les lectrices) réguliers de ce blogs s’étonneront sans doute de découvrir qu’aucune demande n’avait encore été faite – et d’ailleurs techniquement toujours aucune demande n’a été formulée, mais j’y reviendrai. En effet il a déjà été évoqué ici par Maé ou par moi-même le fait qu’un mariage était prévu dans le courant de cette année.
Pour tout dire, la date prévue initialement – et de longue date – était le 24 mars. Cette date avait été évoquée par plaisanterie au tout début de notre histoire et le temps passant elle était devenue la date officielle de notre mariage. Sauf que… le 24 mars est passé et que nous ne sommes toujours pas mariés.
En réalité il est un élément que nous avions négligé pour l’organisation de notre mariage : l’arrivée d’une personne supplémentaire dans notre ménage. Cette personne, même si elle est de petite taille – non nous n’avons pas adopté un nain qui passe l’aspirateur, nous avons simplement eu un enfant – occupe l’essentiel de notre temps. À la lecture des billets précédents, je pense que nous n’avons pas laissé planer le doute quant à la baisse sensible de ce que nous pouvons appeler « temps libre » une fois Babinou arrivée parmi nous. (Si vous en avez encore un, je vous engage à les lire ou à les relire.) Le temps est donc passé – comme il le fait généralement, seconde après seconde, heure après heure, mois après mois – et l’organisation du mariage n’a pas progressé d’un pouce – ou d’un annulaire, devrais-je dire. Trop occupés que nous étions à changer les couches et à remplir l’estomac de notre rejeton, le mois de mars est arrivé sans crier gare – ni aéroport, d’ailleurs – et nous n’avions ni salle de réception, ni robe, ni alliances, ni adjoint au maire de notre arrondissement, ni rien du tout à part une liste d’invités dont la plupart n’ont jamais eu connaissance de la date initialement prévue. (Le 24 mars, donc, pour ceux qui suivent.)
Arrivé à ce stade de ma chronique, les esprits les plus aiguisés me diront « Mais… Mais… Mais… Et la demande, dans tout ça ? Y’a une arnaque, non ? » Et ces esprits malins auront tout à fait raison. De demande il n’y a pas eu. Afin de calmer l’ire de celles des lectrices – j’espère du moins avoir les lecteurs de mon côté – qui s’empresseront de tweeter que décidément le romantisme est mort avec le XXe siècle je dirai ceci : Absolument, vivons dans l’époque qui est la nôtre.
Soyons clair. Je ne vois pas ce qu’il y a de romantique dans le fait de demander à une femme si elle souhaite unir son destin à celui du demandeur. Il ne viendrait – du moins je l’espère – à aucun homme l’idée saugrenue de s’agenouiller devant une femme – ou un homme d’ailleurs – pour lui demander :
« Dominique, veux-tu te PACSer ? »
Nous sommes, il me semble, sur le chemin de l’égalité hommes-femmes – même s’il reste de la route, je l’admets volontiers – et je trouve absolument rétrograde de s’agenouiller devant l’objet de ses convoitises – car dans ce cas la femme est bel et bien un objet – pour lui demander si elle consent à s’abandonner tout entière à son possible fiancé. Laissons les fiançailles aux héritiers de la vieille bourgeoisie en culotte de cheval et vivons dans le temps moderne où les décisions sont prises sur un pied d’égalité. En ce qui nous concerne, Maé et moi, la décision étant déjà prise, je ne voyais pas en quoi offrir une bague et une bouteille de champagne pouvait être d’une quelconque utilité.
Et puis le 24 mars est arrivé. Minuit à peine sonné – c’est une image, il n’y a pas de carillon à proximité de chez nous – alors que Babinou dormait comme un bébé – ça tombe bien elle en est un – j’ai produit devant les yeux de Maé un solitaire qu’elle a, semble-t-il, trouvé à son goût.
Car oui, ce que j’avais oublié dans toute cette histoire de parité, est qu’à défaut de demande formelle il nous fallait quand même, à Maé et moi, prendre l’engagement solennel que nous avions envie tous les deux de lier nos destins. Et tout bien réfléchi j’aime l’idée de lui voir porter cet engagement au doigt. (C’est tellement plus classe qu’un engagement sur l’honneur dans la poche.) Une nouvelle date a donc été fixée : le 24… novembre. D’ici là Babinou aura un an, ce sera tellement plus simple – du moins je l’espère.
Publié dans Vie de couple
Tagué Bague, Bijoux, Cailloux, Choux ; joujoux, Demande, Genoux, Heureux, Hiboux, Mariage, Plus, Poux, Solitaire, Vieux
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0 % de matinée grasse
« Dis Cortex ? Tu veux faire quoi, cette nuit ? »
« La même chose que chaque nuit, Minus : la petite va se réveiller au moment où on prépare à manger, on va lui donner le biberon qui va mal se passer à cause de ses problèmes gastriques, on pourra commencer à manger (froid) au plus tôt vers vingt-deux heures trente et à vingt-trois heures on sera tellement claqué qu’on n’aura qu’une envie, aller se coucher. »
Il faut bien le reconnaître, il y a des soirs où s’occuper d’un bébé n’est pas facile. Il faut bien le reconnaître, il y a des soirs où on aimerait pouvoir manger à l’heure qu’on veut, se regarder un petit film et se coucher un peu tard parce que « bah après tout demain c’est samedi ». Il faut bien le reconnaître, il y a des matins où on se réveille en ayant l’impression d’être plus fatigué que la veille au soir.
Et pourtant, et pourtant, on peut vivre le pire biberon du monde, celui qui dure deux heures avec un bébé qui tète une seconde avant de se remettre à crier, qui se tortille dans tous les sens à s’en irriter l’œsophage, qui pleure à chaudes larmes (j’ai vérifié) comme s’il était en train de vivre le plus mauvais moment de sa vie, et pourtant il suffit que le bébé en question fasse un début de sourire une fois le gros chagrin passé pour se dire qu’avoir un enfant est formidable.
Il y a des moments, c’est vrai, où l’on se dit qu’on n’est pas capable, qu’on n’est pas préparé et que « merde comment ils font les autres parents, chaque fois qu’on les voit on a l’impression que tout va bien ». Et puis on se rappelle que quand les autres nous voient ils ont l’impression que tout va bien. Avec Babinou, il faut être là pendant les biberons pour l’entendre pleurer. Le reste du temps, elle est très calme. Tout juste râle-t-elle quand elle commence à fatiguer, mais quand je vois comment nous, ses parents, râlons quand nous sommes fatigués, je ne peux décemment pas lui en vouloir.
L’astuce, quand on est parent, c’est de fonctionner en équipe. Que ce soit pour se lever la nuit – là-dessus on n’est plutôt chanceux ça n’arrive que très peu – donner le biberon quand ça se passe mal – voir ci-dessus – faire quelques activités perso – oui c’est possible si on est bien organisé – endormir la bête – je ne sais pas pourquoi mais Maé désapprouve le coup sec derrière la nuque, moi j’imagine que c’est très efficace – ou faire les courses, le ménage, la vaisselle, laver les vêtements – là-dessus je ne vous cache pas qu’on se contente surtout de gérer l’urgence – il faut veiller d’une part à ne pas considérer qu’on peut tout faire tout seul mais au contraire ne pas hésiter à s’appuyer sur l’autre, d’autre part à l’inverse ne pas partir acheter des clopes quand l’autre galère avec le bébé. Avec un subtil mélange de soutien et d’abnégation, on s’en sort toujours mieux.
« Bon. Babinou dort, on va pouvoir manger. Tu as faim ? »
« Bof, pas trop, je suis surtout fatigué. Et toi ? »
« Pareil. »
« Bon ben on va se coucher, alors. On mangera demain. »
« OK. »
Hier soir a été très difficile, mais j’ai hâte d’être à ce soir pour passer un peu de temps avec les deux femmes de ma vie.
———
NB : Si le présent article peut ressembler à s’y méprendre à une publicité pour la contraception, je me dois tout de même de préciser que cet article se veut simplement être le contrepoint de celui du mois dernier. Qu’on se le dise : il y a énormément de bons moments avec les enfants. C’est simplement un peu difficile lorsque parfois on entame sa semaine de travail plus fatigué qu’on a terminé la précédente.
De date à date – From date to date
Il y a des dates à marquer d’une croix blanche dans un calendrier, et il y a des rendez – vous à ne pas manquer car ils peuvent changer une vie.
Pour moi, il y a eu un avant et un après 15 octobre 2009. L’avant était ponctué de méfiance, de craintes, d’incertitudes et de mépris. Quand je relis les messages envoyés après cette date, je ne retrouve plus que de la confiance, de l’espoir et de l’estime. Ce jour a prouvé qu’on pouvait transformer un petit apéritif en un dîner passionnant agrémenté d’une balade improvisée sous les lumières artificielles de Paris.
Pour moi, il y a eu un avant et un après 22 octobre 2009. L’avant était passif tandis que l’après est devenu entreprenant. Ce jour – là, j’ai entrainé un de mes amis dans un plan foireux fomenté par moi – même et pour lequel j’étais persuadée d’être grillée (mais le protagoniste principal m’a indiqué a posteriori que non, pas du tout). C’est la seule et unique fois où j’ai vraiment eu envie de prendre des initiatives : “mais enregistre – le, ton match de foot, et viens avec moi l’écouter jouer de la guitare ! Je lui ai dit qu’on serait dans le coin et qu’on passerait peut – être une tête. Si j’y vais seule, ça paraitra louche. S’il te plaiiiiiiit… Je te payerai des bières !” En réalité, je n’ai pas eu besoin de supplier comme ça, mon ami étant du genre à se laisser convaincre facilement. C’est d’ailleurs lui qui m’a proposé d’enregistrer son match de foot au lieu de le regarder. Merci Sculder !
Pour moi, il y a eu un avant et un après 29 octobre 2009. L’après est devenu amour, de l’avant il ne reste rien, juste des mauvais souvenirs qui se sont effacés avec le temps. Une main glacée, réchauffée patiemment et tendrement, des joues qui passent du rouge – froid au rouge – émoi…
Pour moi, il y a eu un avant et un après 4 septembre 2010. L’avant était une semaine où l’on se voyait peu agrémentée de week – ends qui passaient trop vite ; l’après est devenu une vie commune qui se caractérise par la douceur et la plénitude.
Enfin, il y a eu un avant et un après 9 novembre 2011. L’avant était jonché de questionnements sur ma capacité à être mère un jour, l’après a fait de moi une mère a part entière. Babinou a aujourd’hui trois mois, c’est un beau bébé qui nous apporte son lot de joies et d’angoisses, de rires et de pleurs. Notre amour a donné naissance à un nouvel amour, d’une autre forme et d’une autre nature, mais tout aussi fort et doux que celui qu’on se porte.
Il y aura sans doute de nouvelles dates dans ce parcours, mais celles – ci valaient déjà la peine d’être soulignées.
“Tu me plais beaucoup.”
Humanité bafouée…
Mercredi matin, pendant l’une des nombreuses siestes de Babinou, je cherchais de quoi m’occuper l’esprit sur internet et pour ce faire, j’allumais mon application Canal+ sur mon téléphone, application qui permet de visualiser les émissions diffusées en clair à la télé.
Après avoir regardé un épisode du Service Après – Vente des émissions des toujours aussi drôles Omar et Fred, je me suis lancée dans la visualisation du zapping. Celui – ci, je l’indique pour ceux d’entre vous qui ne l’auraient jamais regardé ou n’y auraient jamais prêté attention, commence toujours par cet avertissement : “le zapping reflète la télévision. Il peut contenir des images non adaptées à un jeune public.”
Après avoir doucement rigolé de notre président bling – bling qui, décidément, a autant de classe et de bagoût qu’un pilier de bar dans une réception de l’ambassadeur, l’émission passe à l’actualité brulante en Syrie et annonce encore un bain de sang : plusieurs centaines de morts dans la nuit, notamment une famille de onze personnes, composée de neuf enfants et de leurs parents, sans nul doute “égorgés”, ce qui porterait le bilan total, selon l’Unicef, à “6.000 morts aujourd’hui, 384 enfants massacrés par le régime, 15 000 prisonniers et 15 000 réfugiés”.
…
Mais MEEEEEEERDE ! Comment peut – on en arriver à un tel niveau d’inhumanité ??? De tous temps, les plus faibles ont été les premières victimes dans les guerres, qu’elles soient civiles ou internationales, mais on s’imagine toujours que cela se passaient “dans l’ancien temps” : fini, les viols de femmes appartenant à une autre ethnie pour qu’elles portent un enfant de l’ethnie dominante ; terminé, l’enrôlement de petits de huit ans qu’on drogue et asservi à tel point qu’ils deviennent des zombis prêts à tuer père et mère sur ordre pour avoir leur dose. Maintenant, les militaires se contentent de s’entretuer car cela fait partie des risques de leur métier…
Mais non : aujourd’hui, des pouvoirs en place envoient des milices armées pour tuer leurs propres citoyens la nuit, dans leur sommeil ; peu importe qu’ils s’agissent de familles entières, peu importe qu’il s’agisse d’enfants en bas âge, d’adolescents, de femmes, d’hommes, de grands – parents. Seul compte le résultat…
Mais le résultat, c’est qu’en tuant ces enfants, en perpétuant ces exactions, ces gens commettent le pire crime qui puisse exister, le crime contre l’humanité. Nos enfants sont le peu d’humanité qu’il nous reste car nous plaçons en eux un élément fondamental : l’espoir que tout s’améliore, que tout aille mieux et qu’ils coulent des jours meilleurs que les notres…
Malheureusement, le temps des bourreaux n’a jamais été si proche de nous.
Alors non, le zapping ne contient pas “des images non adaptées à un jeune public.” Il contient une réalité sordide, monstrueuse et infamante : notre inhumanité…
Publié dans Des cris et des larmes
Tagué Actualité, Crime, Humanité, Pénal, Syrie
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On a toujours l’impression que l’apprentissage est linéaire. Peut-être parce qu’on vit aujourd’hui dans un monde où l’on veut tout mesurer, surveiller et modéliser, nous avons naturellement tendance à penser que nous assimilons les choses une par une à un rythme propre à chacun. C’est ainsi que l’on se retrouve à parler de retard et d’avance, de précocité et de capacité, tous ces termes qui finalement ne servent qu’à nous rassurer ou, au contraire, à nous inquiéter, le plus souvent pour rien.
En réalité, quiconque prête une attention certaine au processus d’apprentissage se rendra rapidement compte que la progression dans un domaine ou dans un autre est tout sauf linéaire. Dans le sport, par exemple, on peut avoir l’impression quand on débute une nouvelle activité qu’on progresse très vite et de manière linéaire voire exponentielle, ce qui est parfaitement faux. La progression, l’apprentissage en tant que tel, se fait toujours par paliers. On peut effectivement avoir l’impression à un moment donné de progresser linéairement, le phénomène en réalité est que les différents paliers sont passés très rapidement les uns à la suite des autres, voire dans certains cas que l’on ignore ses réelles capacités. On a l’impression de progresser alors qu’en fait on ne fait que réaliser son potentiel.
Fin 2010, j’ai commencé à courir sérieusement. En 2011, hélas, j’ai enchaîné les pépins physiques qui m’ont empêché de courir autant que je l’aurais voulu. Après six mois à enchaîner visites chez le médecin et séances de rééducation chez le kiné, j’ai décidé de faire les choses encore plus sérieusement et de reprendre la course pratiquement à zéro. J’ai fait comme si je n’avais jamais su courir et j’ai commencé un programme très, très progressif, que j’ai suivi à la lettre jusqu’à fin décembre. Début janvier j’ai considéré que j’avais récupéré une forme suffisante et j’ai attaqué un programme beaucoup, beaucoup plus costaud. Il y a six mois je courais dix minutes maximum à toute petite vitesse et j’avais mal aux jambes pendant trois jours ensuite. Aujourd’hui je peux faire des séances de sprints pendant une demi-heure ou courir à bonne vitesse pendant plus d’une heure sans presque avoir de courbature les jours suivants. J’ai l’impression d’avoir, en un mois, énormément progressé. Sauf que j’étais peut-être capable de courir aussi longtemps et aussi vite il y a trois mois. Le fait est que j’avais décidé d’éviter soigneusement de tester mon potentiel. (À vrai dire sur conseils des médecins il y a des choses comme courir à vitesse maximum que je ne ferai plus jamais mais le travail actuellement consiste entre autres à repousser cette extrémité aussi loin que possible.)
Ce qu’il y a de fascinant avec les enfants, c’est qu’ils n’ont pas conscience de leurs propres limites, ni dans un sens ni dans l’autre. Comme ils n’intellectualisent pas leurs actions et celles dont ils sont témoins, ils ne sont soumis qu’à la limite des possibles, pas à celle du théoriquement faisable. Ainsi, notamment chez les bébés, tout ce qui fait partie de leur potentiel est immédiatement réalisé. Et c’est tout particulièrement dans ce cadre-là que l’on se rend compte que la progression est tout sauf linéaire. Prenons un exemple concret. Babinou, il n’y a pas si longtemps que ça – tout est relatif, elle n’a même pas trois mois – a commencé à se servir de ses cordes vocales pour faire autre chose que crier. Quelques sons ont donc fait leur apparition dans sa bouche. Eh bien à peine a-t-elle commencé à émettre des sons variés les uns des autres qu’elle nous tient déjà de véritables discours. Nous n’en comprenons pas un traître mot – et elle non plus, sans doute – mais allongée sur son tapis d’éveil elle semble se raconter des histoires avec les petits jouets qui lui font face.
Finalement, avec les enfants, on pressent les choses mais celles-ci se concrétisent avant même qu’on puisse en imaginer les limites. Chaque soir en rentrant du boulot j’ai l’impression que je vais retrouver le bébé que j’ai quitté le matin en y allant, alors que c’est déjà un bébé plus éveillé et plus évolué qui m’attend. Chaque jour réserve son lot de surprises et c’est un bonheur quotidien.
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NB : Si le présent article peut ressembler à s’y méprendre à une publicité pour les enfants, je me dois tout de même de préciser qu’il y a évidemment des moments moins drôles avec les bébés, comme par exemple les coliques et quelques préfixes de gestion – au hasard in-, di- et dé- – mais curieusement ce sont toujours les bons moments qui restent en mémoire. (Je sais que le mot dégestion n’existe pas, je vous laisse trouver celui qui convient. Indice : ça commence par ca et ça finit par ca.)
Publié dans 9 mois
Tagué Apprentissage, Areuh, Bébé, Bouddha, Croissance, Eveil, Gazouilli, Progression, Sport, Tapis
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